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PHOTOS-PORTRAITS : rituel affectif ou trace mémorielle ?

« La photographie ne change pas le monde, mais elle le montre en train de changer »  Marc Riboud

Qu’elles soient héritées de nos grands-parents avec des tirages argentiques ou regardées dans des albums photo numériques consacrés à un voyage, un mariage, les photos-portraits conservent la même finalité :  donner à la famille des repères, laisser un souvenir, une trace à garder et à transmettre.

Depuis quelque temps, le genre gagne ses lettres de noblesse en raison d’un besoin de mémoire. Les photos de famille révèlent en effet des secrets, exhument des trésors. Elles racontent beaucoup de choses sur les personnes montrées. « Elles font état des coutumes vestimentaires d’un temps, d’une société. Se dévoilent également un langage corporel, une pose, une façon particulière de se présenter devant l’appareil photo, propre à chaque génération. Ces langages vestimentaires et corporels deviennent la source d’une histoire ethnographique »  selon Olivier Saillard, historien de la mode.

La photo de portrait avait à ses débuts une vocation rituelle et sociale : solenniser et éterniser l’individu dans le sillage des portraits d’apparat peints du XVIIIè siècle.  Tel un comédien, le personnage photographié revêt ses plus beaux atours, se met en scène pour afficher son statut social et donner ainsi une bonne image de soi et de sa famille aux autres.

Puis vient le temps où le désir de montrer est supérieur au devoir de montrer. On ne cherche plus à imiter ceux installés au sommet de la pyramide sociale. D’autres références entrent en scène. Les images véhiculées par les magazines de mode et par le cinéma rentrent dans les foyers. On y découvre des actrices et des modèles qui prennent de nouvelles allures qui font envie. Incombe alors une grande responsabilité au photographe qui doit capturer une image séduisante traduisant les désirs des femmes : être belles et sublimes ! Un vent de liberté souffle sur l’univers de la photographie !

Les photos de vacances et de loisirs viennent enrichir les albums de famille : tenues sportives, maillot de bain gagnent les classes populaires. La famille, disposant désormais d’un appareil photo, aime à se photographier elle-même en vacances pour capter les heureux moments, avant de se focaliser dans les années 70-80 sur les enfants qui occupent toute la surface de l’image au détriment du décor. «Le ressenti prime sur l’action, le lieu, la période. On veut retenir un instant de douceur pour s’y replonger plus tard et revivre le premier sourire, les premiers pas de bébé. La photo devient « affective», selon la sociologue Irène Jonas.

Cette tendance s’exacerbe avec l’avènement de la photo numérique à partir des années 2000. Le rituel de la photographie laisse la place à des photos plus spontanées et intuitives. La technique est facilitée avec le smartphone ou la tablette. Et les photos quittent virtuellement la sphère familiale pour être partagées sur les réseaux sociaux : elles deviennent un acte de communication.

Mais la mémoire familiale conservée dans le coffre-fort de l’ordinateur subsisterait-elle donc bien, tout en devenant plus personnelle ?

Article rédigé par Anne-Sophie Tournier, Présidente de L’HIRONDELLE
Photo Archives Gallica de la BNF
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